En Travaux

Moyens techniques: Hervé Struck

Diagnostiquée d’un cancer du sein en juin 2013, j’ai choisi d’utiliser ce corps malade qu’était devenu le mien pour illustrer mon propos. 

 

Malade, le corps devient objet de soin, déshumanisé par le corps médical, qui ne traite pas le patient mais la maladie.

L’objet corps y est compartimenté, morcelé pour que seules soient retenues les parties défaillantes ;

et l’assurance souscrite pour ce corps (potentiellement malade ou accidenté) permet d’entreprendre les réparations nécessaires, comme l’assurance voiture permet d’entreprendre les réparations suite à un accident ou une panne.

 

Les traitements lourds (tels que la chimiothérapie), parfois nécessaires à soigner ce corps, le stigmatisent: la perte des cheveux et autres poils, ainsi que les traits qui se creusent, effacent la personnalité de l’être humain, ne laissant à voir que la maladie aux yeux des autres. Lorsque les traitements médicamenteux ne sont pas suffisants, la chirurgie peut intervenir pour éliminer les parties défaillantes, par l’amputation (ou dans mon cas l’ablation des seins) ; les mutilations subies en font un objet monstrueux : celui que l’on montre mais que paradoxalement on ne veut pas voir .

 

La maladie rend visible le caractère ‘périssable ‘ du corps humain, mettant la personne malade
en décalage avec une société dans laquelle tous les outils sont disponibles pour gommer les stigmates de cette donnée périssable que l’être humain, non désireux de l’assumer, s’efforce d’oublier.
Du malade ne reste plus que l’image qu’il renvoie, dérangeante.
La chirurgie réparatrice peut alors intervenir, non pour réparer le corps qui fonctionne parfaitement sans les éléments qu’on lui a enlevé, mais pour réparer son image, se devant de respecter certains critères pour être socialement acceptable et acceptée : la présence de tous les membres, bien proportionnés, permet d’identifier le corps comme humain, en bonne santé ; les cheveux longs et les seins permettent de le classer comme appartenant au genre féminin.

 

Mes images proposent une vision sans filtre du corps malade, dans ses modifications et transformations ;

une réinitialisation du ‘système corps’ pour une mise à jour vers un ‘Corps 2.0’.

Elles donnent à voir ce que l’être humain s’efforce de cacher et d’oublier, en le renvoyant à sa condition de mortel, potentiellement cassé ou en panne.

 

Ce projet a également la volonté de questionner le public sur l’acceptation du corps de l’autre, plus particulièrement quand son intégrité physique est compromise:
est-il possible, en posant notre regard sur ce corps, d’y voir un être humain, ou notre perception est-elle restreinte par la maladie et ses conséquences? 

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